Trois fichiers publics, téléchargeables par n’importe qui, et une question simple : combien l’électricité coûte-t-elle vraiment à un foyer selon l’endroit où il vit ? C’est le point de départ d’une étude publiée le 25 octobre 2026 par le site Comparons l’énergie, construite uniquement à partir de données ouvertes. Aucun sondage ni panel : seulement ce que des organismes publics mettent à la disposition de tous, croisé d’une manière inédite. L’exercice dit ce que l’open data permet, et ce qu’il exige.
Trois producteurs publics qui ne se parlent pas
Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, publie chaque année sur son portail Open Data la consommation d’électricité de ses compteurs, à la maille du département et de la commune, secteur par secteur. Pour le résidentiel, cela représente 34 229 966 compteurs et 141,2 TWh en 2025. L’INSEE mesure de son côté les revenus des territoires avec le dispositif Filosofi : le millésime 2023 donne le niveau de vie médian de chaque département, que l’étude est allée chercher par l’API Melodi, la porte d’entrée programmatique de l’institut. Enfin, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) diffuse en open data l’historique des tarifs réglementés, dont la grille du Tarif Bleu Base 6 kVA en vigueur depuis le 1er août 2026 : 190,81 € d’abonnement annuel et 0,2001 € TTC le kWh.
| Producteur | Jeu de données | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Enedis Open Data | Consommation résidentielle 2011-2025, mailles département et commune | Le volume consommé par foyer |
| INSEE (API Melodi) | Filosofi 2023 | Le niveau de vie médian du département |
| CRE (open data) | Tarif Bleu Base 6 kVA du 1er août 2026 | Le prix de l’abonnement et du kWh |
Pris isolément, ces fichiers renseignent un volume, un revenu et un prix. Réunis, ils permettent de calculer une facture type pour chaque territoire, puis de la rapporter au niveau de vie local. Le résultat, consultable à l’adresse https://www.comparonslenergie.com/etudes/cout-electricite-departements/, classe les 94 départements desservis par Enedis et fournit des chiffres pour 32 069 communes. C’est le croisement qui manquait : chaque producteur publie sa pièce du puzzle, aucun ne l’assemble.
Ce que le croisement fait apparaître
Premier enseignement, la consommation moyenne d’un foyer raccordé à Enedis est tombée à 4 126 kWh en 2025, contre 4 559 kWh en 2019, soit −9,5 % en six ans (−9,3 % une fois corrigé du climat). La comparaison tient parce que les deux hivers ont été proches de la normale : 1 561 degrés-jours en 2025 pour une normale de 1 583. Aucun des 94 départements n’est en hausse. C’est le chauffage électrique qui recule : la baisse est d’autant plus forte que ce mode de chauffage est répandu (corrélation de −0,65).
Deuxième enseignement, l’écart territorial. Au même tarif réglementé, la facture type va de 711 € par an à Paris (2 602 kWh par foyer) à 1 262 € dans le Tarn-et-Garonne (5 354 kWh), soit 551 € d’écart. Derrière ce chiffre se dessinent trois France : les grandes villes et leur banlieue dense, où l’on vit en appartement chauffé au gaz ou par un réseau de chaleur ; la montagne, où les résidences secondaires abaissent la moyenne ; la France des maisons individuelles chauffées à l’électricité, du Sud-Ouest au Bassin parisien.
Troisième enseignement, propre au rapprochement avec l’INSEE : rapportée au niveau de vie médian, la facture type pèse 2,1 % à Paris, mais 5,2 % dans le Tarn-et-Garonne, 5,1 % dans le Vaucluse et 5,0 % dans le Lot-et-Garonne. La corrélation entre niveau de vie et poids de la facture atteint −0,67 : plus un département est modeste, plus l’électricité y pèse. Sans les données de revenu, cette lecture sociale serait restée invisible.
Une méthode posée sur la table
Une étude bâtie sur des données publiques ne vaut que si l’on peut la refaire. La méthode est donc publiée en clair : la facture type correspond à l’abonnement annuel augmenté de la consommation moyenne multipliée par le prix du kWh. Ce calcul isole le seul paramètre qui change d’un territoire à l’autre, la consommation, puisque le tarif réglementé est le même partout. Pour le foyer moyen, cela donne 190,81 € plus 4 126 kWh à 0,2001 €, soit 1 016 € par an. Consommer comme en 2019 coûterait 1 103 € avec la même grille : 87 € de facture annuelle ont été effacés par la seule baisse de consommation.
Les résultats se téléchargent en deux fichiers CSV, l’un pour les départements, l’autre pour les communes, qu’un tableur ouvre sans difficulté. Les chiffres, cartes et tableaux peuvent être repris librement, par la presse comme par tout autre site, en citant « Comparons l’énergie » avec un lien. C’est le prolongement logique de la Licence Ouverte 2.0 sous laquelle Enedis publie ses données : ce qui a été construit avec des données libres reste réutilisable. L’étude sera actualisée chaque année à la sortie du millésime Enedis suivant, et ses prochaines éditions rejoindront la rubrique Études du site.
Ce que l’open data change pour le consommateur et pour la presse
Pour le consommateur, l’apport est concret. Le module « Et dans votre commune ? » affiche la consommation moyenne, la facture type et le rang de chaque commune, et une fiche par département liste ses communes les plus gourmandes et les plus sobres. Ce n’est pas la facture d’un ménage, mais un repère : un foyer qui consomme nettement plus que ses voisins peut s’interroger sur son chauffage ou son isolation, des pistes déjà explorées dans nos conseils pour réduire la consommation d’énergie dans sa maison ou dans notre question sur l’intérêt économique de la pompe à chaleur. La grille CRE retenue date d’ailleurs du 1er août 2026, une échéance qui figurait parmi les changements touchant le budget des Français cet été-là.
Pour la presse, et singulièrement la presse locale, le gain est plus net encore. Une rédaction régionale extrait en quelques minutes la ligne de son département ou de sa commune et la cite avec un lien. Les grandes villes s’y lisent d’un coup d’œil : 2 602 kWh par foyer à Paris, 3 210 à Marseille, 2 655 à Lyon, 2 679 à Toulouse, 2 932 à Nice. Cette manière de rendre des données publiques lisibles à l’échelle d’un quartier rejoint les réflexions sur les enjeux de la ville intelligente, où la donnée sert d’abord les habitants.
Les pièges de ces données
Les données ouvertes ont leurs angles morts, que l’étude expose sans détour. Trois d’entre eux comptent pour qui voudrait réutiliser les fichiers.
- Un foyer n’est pas un ménage. Enedis compte des compteurs résidentiels actifs, résidences secondaires, logements vacants et dépendances compris. En Lozère, dans les Hautes-Alpes, en Ardèche ou dans les Pyrénées-Orientales, les résidences secondaires tirent la moyenne vers le bas : ces départements paraissent plus sobres qu’ils ne le sont pour leurs habitants permanents.
- Enedis ne dessert pas tout le monde. Dans dix départements, une entreprise locale de distribution alimente une part notable des foyers, qui échappent donc aux données : Bas-Rhin, Deux-Sèvres, Vienne, Moselle, Isère, Haut-Rhin, Eure-et-Loir, Aisne, Oise et Somme, signalés par une croix (†). Dans le Bas-Rhin, la moyenne ne porte que sur 5 % des habitants. La Corse et l’outre-mer, desservis par EDF SEI, restent hors champ.
- Le secret statistique efface les plus petites communes. Enedis ne publie une commune que si elle compte au moins 10 compteurs. L’étude ajoute un seuil de prudence et ne classe que les communes de 100 compteurs et plus, soit 25 217 sur 32 069.
À ces limites de source s’ajoute une limite de construction : la facture type ignore les offres de marché, les heures creuses, Tempo et les puissances supérieures à 6 kVA. Quant au rapport au niveau de vie, il compare une facture par foyer à un revenu par unité de consommation. C’est un indicateur de comparaison entre territoires, pas la part réelle du budget d’un ménage.
Questions fréquentes
Peut-on refaire les calculs de l’étude soi-même ?
Oui. Les trois sources sont publiques, la formule de la facture type est publiée et les résultats sont téléchargeables en CSV pour les départements et les communes. Un simple tableur suffit pour vérifier une ligne.
Pourquoi la Corse et l’outre-mer sont-ils absents ?
Ces territoires sont desservis par EDF SEI et non par Enedis, et leurs données ne sont pas publiées sous une forme comparable. L’étude couvre la France métropolitaine continentale, soit 94 départements.
Un média peut-il reprendre les chiffres ?
Oui, librement, à condition de citer « Comparons l’énergie » avec un lien vers l’étude.
Sources
- Enedis Open Data : consommation et thermosensibilité d’électricité à la maille département
- INSEE : dispositif Filosofi, niveau de vie médian
- CRE : données ouvertes sur les tarifs réglementés
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale

